Envoyer cette page

 
lundi 27 mars 2006
États-Unis : où est la sortie?
 
Imprimer

Les Américains voulaient combattre le terrorisme en imposant la démocratie au Moyen-Orient. Trois ans et des milliers de morts plus tard, leurs projets semblent sérieusement compromis.

 

En Irak, la population a voté une Constitution et élu un gouvernement, mais on est plus près de la guerre civile que de la démocratie.

 

En Palestine, la démocratie a produit un gouvernement «pas présentable» et en Iran, elle a fait élire un radical qui se commet en déclarations antisémites et poursuit les projets nucléaires du pays.


Source: U.S. Army

L'Irak : le chaos dans un bourbier

Jamais le Moyen Orient n'a été aussi instable politiquement que depuis l'invasion américaine de l'Irak.

 

Devenu terrain de confrontation interethniques, interreligieuses et un territoire de confrontation entre les groupes islamistes armés et les États-Unis, l'Irak a transformé le Moyen Orient en véritable poudrière qui menace la paix du monde plus que ne l'a fait le conflit israélo-palestinien depuis 50 ans.

 

Les pays comme la Syrie, la Jordanie, la Palestine, l'Arabie Saoudite, l'Iran sont entrés désormais dans une zone de turbulences du fait de l'invasion militaire américaine et de ses alliés.

 

En Irak, malgré le triomphalisme des Américains qui sont les seuls à y voir une avancée démocratique, chaque jour qui passe augmentent les risques d'une guerre civile dans le pays. Selon un sondage de ABC News/Washington Post rendu public à quelques jours du troisième anniversaire de l'invasion américaine, huit Américains sur dix jugent que les violences actuelles en Irak rendent probable une guerre civile.

Plus de 70% des Républicains et 80% des Démocrates pensent qu'il y aura une guerre civile en Irak. Alors que le projet américain, on s'en souvient, était un Irak libre et démocratique.

 

Les derniers attentats contre le mausolée chiite de Samara au centre de l'Irak a servi de détonateur à une poussée encore plus grande vers le chaos. Ni l'ONU, ni l'Europe, ni les Russes, ni les acteurs internes du conflit ne voient de solutions à terme si ce n'est de contenir par la force un semblant de projet politique.  Après avoir découpé le pays en tranches confessionnelles pour jouer les uns contre les autres, les Américains réclament aujourd'hui un gouvernement d'union nationale sans exactement dire comment on pourrait y parvenir. L'impasse politique est totale malgré un semblant d'élections qui ont écarté les rares forces laïques au pays.

 

En Afghanistan, selon les responsables américains eux-mêmes, la sécurité se dégrade et la rébellion se renforce dans le sud du pays contrôlé par les Talibans et la mafia, de plus en plus organisés et qui font la loi face à un État absent. «Jamais depuis la fin de 2001 les rebelles n'ont représenté une telle menace pour l'expansion du gouvernement afghan dans les provinces», a déclaré le général Michael Maples, directeur de l'Agence de renseignements de la défense (DIA). Le nombre des attaques a augmenté de 20% et les attentats suicide ont quadruplé en 2005.

 

haut de la page


Source: U.S. Army

L'Iran, un autre ennemi «numéro un»

Un dernier sondage mené aux États-Unis en février donne l'Iran comme ennemi numéro un. Décidément, les États-Unis ne voient le monde qu'en ennemis, tous numéro un. Après l'Irak, l'introuvable Ben Laden, Zarkaoui (le fantomatique dirigeant des groupes islamistes armés en Irak) et après la Syrie, rendue responsable de tous les déboires subis par leurs troupes en Irak, voilà que c'est au tour de l'Iran de devenir l'ennemi numéro un. Pourquoi ? Le projet nucléaire iranien risque, aux yeux des Américains et des Israéliens de chambouler complètement et à jamais le rapport de forces militaires qu'ils ont imposé dans la région. Un rapport qui, grâce à l'aide et au soutien américain, a toujours été favorable à leur allié israélien au Moyen-Orient.

 

Face à l'impasse dans le dossier iranien qu'ils ont préféré faire sous-traiter par les Européens, les États-Unis envisageraient d'envahir l'Iran, selon de nombreux observateurs. Du moins, ils n'ont pas exclu cette éventualité.

 

Cette offensive sera destinée à faire cesser les activités nucléaires de la République islamique si aucun accord n'était trouvé avec ce pays. Le Commandement central américain et les planificateurs du commandement stratégique auraient «identifié des cibles et travaillent sur les questions logistiques en vue d'une opération (militaire)», écrit Michel Chossudovsky.

 

Les préparatifs militaires sont en cours pour une attaque qui sera possible dès la fin du mois de mars 2006. Michel Chodussovsky écrit que les partenaires de la coalition qui comprend les États-Unis, Israël et la Turquie sont «dans un état de préparation avancé». Divers exercices militaires sont effectués depuis le début de 2005. De leur côté, les forces armées iraniennes se sont livrées, en décembre dernier, à d'importantes manoeuvres dans le Golfe Persique en prévision d'une attaque soutenue par les États-Unis.

 

Depuis le printemps 2005, on assiste à une intense navette diplomatique entre Washington, Tel-Aviv, Ankara et le quartier général de l'OTAN à Bruxelles. Parmi les derniers événements, il faut mentionner le fait que le directeur de la CIA, Porter Goss, lors d'une mission à Ankara, ait demandé au Premier ministre turc Recep Erdogan un soutien politique et logistique en vue du bombardement de cibles nucléaires et militaires iraniennes. Goss aurait demandé que les Services secrets turcs collaborent de manière particulière à la préparation et à la supervision de l'opération.

 

De son côté, le chef des forces armées russes, dont le pays négocie une sortie de crise avec l'Iran à propos de son programme nucléaire, vient de déclarer qu'«une frappe contre l'Iran n'est pas à exclure».

 

haut de la page


Le nouveau Premier ministre palestinien Ismaël Hania.  Source : Centre palestinien d'information

L'imbroglio palestinien

En écartant Arafat de toute possibilité de reprendre langue avec Israël, qui l'avait déclaré «hors jeu», les États-Unis, sous prétexte de lutte antiterroriste, ont jeté les populations palestiniennes dans les bras du groupe radical Hamas. Depuis l'élection en janvier dernier d'une majorité Hamas au Conseil législatif palestinien, le processus de paix, déjà très boiteux, se retrouve encore une fois dans une impasse.

 

L'administration américaine, qui a tout fait pour éliminer les interlocuteurs crédibles en appuyant en toutes circonstances l'État juif, se sont retrouvés avec une nouvelle donne dans la région. Le Hamas figure sur la liste américaine des organisations terroristes. Le Hamas refuse non seulement de reconnaître l'État d'Israël mais exige de lui un retrait des territoires occupés depuis la guerre de 1967. Son chef vient de déclarer que la négociation avec Israël est une «perte de temps».

 

Dès l'annonce de la victoire du Hamas aux dernières élections palestiniennes de janvier 2006, les Américains ont vite rappelé au monde par la bouche de la secrétaire d'État Condoleezza Rice et par celle du président Bush que le parti vainqueur est une organisation terroriste. Le boycott et l'étranglement financier de la Palestine sont décrétés par l'administration Bush sans apporter de réponses claires aux questions qui se posent toujours dans cette région du monde. Membre du «quartet» avec l'ONU, la Russie et l'Europe, les Américains ont vite compris que leur appel au boycott financier de la nouvelle autorité palestinienne ne trouvait écho ni parmi les alliés arabes auxquels Condoleezza Rice a rendu visite, ni chez les Européens et encore moins chez les Russes qui ont préféré faire l'honneur d'une première sortie mondiale aux membres du Hamas.

 

Le Président Bush s'est retrouvé dans une position impossible. Que peut-il faire ? N'accepter le résultat des urnes et des élections démocratiques que lorsqu.elles aboutissent au résultat qu'il désire? Sa seule réponse pour l'instant et qui lui est inconfortable est de boycotter l'Autorité palestinienne mondialement reconnue et affamer les Palestiniens jusqu'à ce qu'ils élisent la «bonne» direction politique.

 

L'Amérique d'aujourd'hui donne cette désagréable impression d'être devenue un joueur  incapable de déplacer la moindre pièce sur un échiquier international qu'elle ne contrôle plus.

 

haut de la page


La base de Guantanamo.  Source: U.S. Army

La prison d'Abou-Ghraïb

Les fuites à propos de la torture et des sévices inhumains infligés par les soldats américains aux Irakiens détenus dans la prison d'Abou-Ghraïb ont porté un coup sévère à l'administration américaine. Malgré tous les efforts de la Maison Blanche pour censurer les photos au nom de la sécurité nationale, les informations diffusées partout dans le monde et reprises en boucles par les télévisions arabes ont complètement décrédibilisé le projet «démocratique américain au Moyen-Orient». Un rapport de l'ONU vient de dénoncer les pratiques américaines dans cette prison et dans celle de Guantanamo à Cuba.

 

haut de la page


G.W. Bush en visite sur une base en Afghanistan.  Source: U.S. Army

Où sont passés les néo-conservateurs?

Les nombreux néo-conservateurs, favorables à une intervention armée en Irak, avaient investi les rouages politiques américains bien avant l'arrivée de Bush au pouvoir. Ils ont investi depuis des années pour faire admettre un seul point de vue : l'Amérique doit dominer le monde en mettant à plat le bloc socialiste.

 

L'arrivée de Bush à la présidence, suivie des attentats du 11 septembre 2001, ont été une aubaine pour eux.  Ils ont monté le scénario faisant de Saddam Hussein un allié d'Al-Qaïda, qu'il faut abattre coûte que coûte. La chute de Saddam Hussein allait à leurs yeux libérer le Moyen Orient des régimes de dictature, garantir la sécurité de la planète et garantir à l'Amérique un marché pétrolier sûr - avec un baril à 15$ - débarrassé des dictatures et des islamistes.

 

Devant l'échec de leurs calculs, les Néo-Conservateurs ont été réduits au silence. Les médias, les grands éditorialistes ne les écoutent plus. Richard Perle fut le premier à être éjecté. William Kristol, l'influent patron du Weekly Standard, le plus ardent partisan du remodelage politique du Moyen-Orient, a mis de l'eau dans son vin. Suivi de George Tenet, le patron démissionnaire de la CIA et, enfin, Paul Wolfowitz qui s'est retrouvé loin de la Maison Blanche nommé par G. W. Bush au poste de Directeur de la Banque mondiale. La seule démission refusée par Bush est celle de Donald Rumsfeld.

 

Recherche: Abdel Krim Debbih

 

haut de la page