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lundi 26 janvier 2004
Caucase : Le noeud géorgien
 
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La Géorgie fait partie à la fois du Conseil de l'Europe et de la Communauté des États indépendants (CEI).

D'une superficie totale de 69 700 km² (2,2 fois la Belgique), la république de Géorgie compte trois territoires autonomes dont deux républiques autonomes, l'Abkhazie (8600 km²) au nord-ouest près de la mer Noire, et l'Adjarie (3400 km2) au sud-est et également près de la mer Noire, ainsi qu'une région autonome (un oblast), l'Ossétie du Sud (3900 km2), dans le centre-nord du pays.

Le pays comprend une centaine de groupes ethniques

 

La Géorgie a connu deux conflits armés dans la dernière décennie: le premier, de 1990 et 1992, a opposé les autorités géorgiennes aux Ossètes suite à la déclaration d'indépendance de l'Ossétie du Sud en 1990; le second, entre 1992 et 1993, a vu s'affronter les autorités géorgiennes et les sécessionnistes abkhazes.


Tamerlan

Histoire

(Information tirée de « Géorgie », dans Jacques Leclerc, L'aménagement linguistique dans le monde, Québec, TLFQ, Université Laval)

 

À la fin du XIVe siècle, déjà ravagé par les invasions mongoles de Tamerlan (1336-1405), le pays se retrouve isolé du monde chrétien après la prise de Constantinople par les Turcs en 1453. La Géorgie connaît alors une période de déclin et passe sous la domination de la Perse et de l'Empire ottoman jusqu'au XVIIIe siècle.

 

En 1783, par un accord de protectorat, la Russie prend le contrôle des Affaires étrangères du royaume géorgien.  La Géorgie intègre alors l'Empire russe du tsar Alexandre Ier qui étend son influence dans toute la région et proclame le russe langue obligatoire. Le caractère multiethnique du pays s'explique par les habituelles et nombreuses déportations de populations opérées par le gouvernements russe et soviétique vers la Géorgie.

En 1918, avec la révolution d'Octobre, la Géorgie proclame son indépendance sous le nom de «République démocratique géorgienne» et se range sous la «protection de l'Allemagne». Mais, en 1921, l'Armée Rouge envahit le pays qui fut aussitôt incorporé à l'URSS pour former, avec l'Arménie et l'Azerbaïdjan, la République socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie dominée par le Parti communiste. Le pays est russifié et soviétisé. Joseph Staline, un Géorgien,  décrète en 1938, l'apprentissage obligatoire du russe dans toutes les écoles de l'URSS.

 

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Édouard Chevarnadzé

L'arrivée de Chevarnadzé

En 1971, afin de mettre un terme à la corruption et à la montée du nationalisme qui dépassait selon Moscou les limites de l'acceptable, Édouard Chevardnadzé, un Géorgien comme Staline, comme Béria, est chargé par le Kremlin de prendre le contrôle de la Géorgie. En fait, Chevardnadzé joue la carte nationaliste et se pose en protecteur de la langue et de la culture géorgienne. Avant de devenir le ministre des Affaires étrangères de Gorbatchev, Chevarnadzé acquit la réputation d'un réformateur habile et modéré.

 

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Mikhaïl Gorbatchev

Géopolitique

(Information tirée de « Géorgie », dans Jacques Leclerc, L'aménagement linguistique dans le monde, Québec, TLFQ, Université Laval)

 
La situation deviendra difficile en Géorgie avec la fin du régime soviétique, qui s'annonce, avec l'arrivée de Mikhaïl Gorbatchev au pouvoir et la mise en oeuvre de la Perestroïka, suivie de la chute du mur de Berlin, de l'effondrement des régimes communistes d'Europe de l'Est et la fin du monopole politique des partis communistes. Avec, enfin, la guerre en Tchétchénie voisine.

En Géorgie, les Abkhazes et les Ossètes commencent, à la fin des années quatre-vingt déjà, à réclamer leur autonomie. Les tensions entre le gouvernement géorgien et les enclaves ethniques montent, lorsque le Soviet suprême soviétique de Géorgie adopte une loi accordant à la langue géorgienne un statut supérieur aux autres langues. C'était assez pour mettre le feu aux poudres.

Après que l'Ossétie du Sud ait déclaré sa souveraineté en 1990, le Soviet suprême géorgien supprime le statut administratif de la région. Des combats entre les Géorgiens et les Ossètes s'ensuivent et ne se calment que lorsqu'une force de maintien de la paix et de compromis, composée des quatre parties (russe, géorgienne, ossète du Sud et ossète du Nord), sera déployée en 1994.

 

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Gamsakhourdia

L'indépendance

(Information tirée de « Géorgie », dans Jacques Leclerc, L'aménagement linguistique dans le monde, Québec, TLFQ, Université Laval)

 
La Géorgie déclare son  indépendance le 9 avril 1991. C'est la première république socialiste à déclarer son indépendance.

Un deuxième conflit éclate peu de temps après l'élection du premier président du pays, Zviad Gamsakhourdia, en avril 1991. Accusé de corruption, de violation des droits de l'homme et d'abus de pouvoir, il est chassé du pouvoir en janvier 1992 par un Conseil militaire. Le 7 mars, Édouard Chevardnadzé arrive de Moscou et est élu à la présidence du Conseil d'État et plébiscité à la tête du Parlement. Gamsakhourdia.  Ses partisans lancent des opérations armées pour reprendre Tbilissi par la force. La révolte prit fin après la mort, apparemment par «suicide» de Gamsakhourdia, en janvier 1994.

Un troisième conflit éclate entre les forces géorgiennes et abkhazes, par la proclamation d'indépendance de l'Abkhazie en juillet 1992. Le gouvernement géorgien envoie l'armée. Les Abkhazes sont soutenus par les Russes qui les exonèrent du visa d'entrée en Russie alors que les Géorgiens y sont soumis. L'armée géorgienne s'enlise dans le conflit jusqu'au cessez-le-feu de juillet 1993. Les Abkhazes violent le cessez-le-feu et expulsent la milice géorgienne et 200 000 résidents géorgiens victimes d'un véritable «nettoyage ethnique». 

En 1993, le gouvernement géorgien adhère à la Communauté des États indépendants (CEI) et cède des bases militaires, afin de gagner le soutien russe contre les indépendantistes abkhazes. Un accord est conclu : la Russie maintient trois bases militaires sur le territoire géorgien en échange de fournitures militaires. En 1994, la Géorgie devint membre d'un programme de partenariat pour la paix, accord de coopération militaire limitée avec l'OTAN.

En août 1995, le Parlement géorgien adopte une nouvelle Constitution, instaure un régime présidentiel, et Chevardnadzé est élu président de la République. Le nouveau gouvernement abolit la peine de mort. Le pays, qui subit depuis son indépendance une grave crise économique et sociale, dépend pour son énergie électrique et gazière de la Russie.

 

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Abkhazes

Les problèmes sécessionnistes

(Information tirée de « Géorgie », dans Jacques Leclerc, L'aménagement linguistique dans le monde, Québec, TLFQ, Université Laval)

 
Les tensions avec l'Ossétie et l'Abkhazie se poursuivirent. Incapable de régler le conflit, le gouvernement central accorde à l'Abkhazie une large autonomie. De surcroît, ne pouvant soutenir en Géorgie le droit des Abkhazes à l'indépendance tout en le refusant en Russie aux Tchétchènes, les Russes finissent par se rallier aux positions géorgiennes. Sous l'impulsion de Moscou, une déclaration de paix entre la Géorgie et les sécessionnistes abkhazes fut signée en août 1997, les deux parties s'engageant à ne plus recourir aux armes. Mais cette paix s'est révélée fragile: le 9 février 1998, Édouard Chevardnadzé échappe à un attentat à Tbilissi et les combats reprennent entre Géorgiens et Abkhazes, ces derniers prennent le contrôle de zones disputées, jusqu'alors sous contrôle géorgien.

 

[L'Abkhazie sera le défi majeur du nouveau président Saakachvili. Il sait, et tout le monde le sait également, que cette région dissidente est actionnée et soutenue par Moscou qui y trouve un prétexte pour une présence militaire afin de, officiellement, combattre le terrorisme tchétchène. Le nouveau chef géorgien parle carrément de colonialisme et exige le départ des troupes russes.]  

La Géorgie devint membre du Conseil de l'Europe en avril 1999. La même année, elle signe un accord de coopération avec la Turquie, l'Azerbaïdjan et le Kazakhstan, pour la construction d'un oléoduc stratégique reliant Bakou (Azerbaïdjan) à Ceyhan (Turquie). Prévue en 2004, son ouverture devrait permettre de réduire la dépendance économique de la Géorgie à l'égard de la Russie.

Alors que l'absence de solution définitive à la question abkhaze maintenait la Géorgie dans une relation de dépendance vis-à-vis de la Russie, l'Union des citoyens de Géorgie - le parti gouvernemental - remporte la majorité absolue aux élections législatives d'octobre 1999. Édouard Chevardnadzé, est réélu à la présidence en avril 2000, avec plus de 80% des voix, au cours d'un scrutin entaché de fraudes.

 

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La Géorgie encore dans la tourmente

(Information tirée de « Géorgie », dans Jacques Leclerc, L'aménagement linguistique dans le monde, Québec, TLFQ, Université Laval) 

Après les élections législatives du 2 novembre 2003, la Cour suprême de Géorgie annonce sous la pression de la rue l'annulation des résultats des élections législatives, pour fraude. Celles-ci ont été à l'origine du mouvement de contestation populaire qui a vite pris de l'ampleur et a abouti à la démission du président Édouard Chevardnadzé.  La démission de M. Chevardnadzé a sans doute évité que la situation politique ne s'aggrave et que les antagonismes sociaux dans le pays ne dégénèrent en guerre civile. Ce que ni les Américains ni les Russes ne souhaitent d'où leur envoi d'émissaires à Tbilissi.

(Information tirée de « Géorgie: Le triomphe de Mikhaïl Saakachvili », Damien Roustel, Le Web de l'Humanité, édition du 6 janvier 2004.)

Porté au pouvoir par un véritable raz-de-marée électoral (plus de 95%) Mikhail Saakachvili a d'emblée invité la Russie à ne plus s'immiscer dans les affaires intérieures de son pays. «Moscou doit au moins nous assurer qu'il ne s'immiscera plus dans nos affaires intérieures. Malheureusement, cela n'est toujours pas le cas aujourd'hui.» C?est pour cette raison que de nombreux observateurs ainsi que ses détracteurs l'accusent d'être l'homme de Washington et la nouvelle direction est soupçonnée d'être influencée par les États-Unis. Chevarnadzé, qui dit avoir voté pour Saakachvili qui lui a promis l'immunité, accuse un milliardaire américain Soros d'avoir fomenté un coup d'État et manipulé Saakachvili et sa bande.

En effet Saakachvili s'est empressé de dévoiler les futures alliances de son pays en soulignant le «rôle central» de la collaboration avec l'OTAN, dans l'extension des «capacités de défense» de la Géorgie. Avant même que les résultats de l'élection présidentielle ne soient annoncés officiellement, Saakachvili a réitéré l'engagement de faire de la Géorgie un pays «pacifique et prospère» intégré à l'Europe, de lutter contre la corruption et le séparatisme qui sont les principaux maux dont souffre son pays. 

Si elle veut maintenir son intégrité territoriale menacée, la Géorgie doit gérer sur son territoire les relations interethniques (une centaine d'ethnies sont recensées dont certaines se sont transformées en nationalismes.) Elle doit gérer ses relations avec Moscou qui considère le Caucase comme sa zone d'influence que lui disputent les Américains. Elle doit gérer son économie en pleine déliquéscence.

Les problèmes qui secouent l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud ne sont pas nouveaux. Il faut reconnaître que c'est grâce à l'habileté de M. Chevardnadzé, surnommé le «renard du Caucase» que la Géorgie a maintenu tant bien que mal son unité nationale très précaire. Cette question cruciale pour la stabilité du pays attend aussi ses successeurs. Certains analystes prévoient même que le départ de M. Chevardnadzé pourrait entraîner une dislocation du territoire géorgien, comme l'a connu la Yougoslavie dans les années 1990.

 

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Mikhaïl Saakachvili

Mikhaïl Saakachvili

À 36 ans, Mikhaïl Saakachvili est vite apparu comme chef de file de l'opposition radicale géorgienne. Le 23 novembre 2003, les médias du monde entier immortalisent l'image d'un jeune premier fougueux forçant le barrage policier aux porte du parlement pour donner 45 minutes au chef du gouvernement Édouard Chevarnadzé, pour quitter le pouvoir. On le surnomme déjà «l'architecte de la «révolution de la rose» qui a conduit à la démission de l'ancien président Edouard Chevarnadze.

 

Mikhaïl Saakachvili a poursuivi des études d'avocat à Strasbourg en France et aux États-Unis d'Amérique après avoir transité par des écoles russes. Il travaille quelque temps dans une entreprise new-yorkaise. De retour en Géorgie, il s'implique rapidement en politique en rejoignant l'Union des Citoyens, le parti d'Édouard Chevardnadzé. Il est élu député en 1995. Ce dernier le nomme ministre de la Justice en 2000.

 

Devant l'impasse des réformes promises par Edouard Chevarnadzé et la montée de la corruption qui gangrène la société et les sphères du pouvoir, Saakachvili réagit vivement. Imbu de sa nouvelle culture occidentale, il se rend vite compte, en sa qualité de ministre de la Justice, que ses décisions buttent sur des résistances internes au régime qu'il juge profondément miné par la corruption. Il engage alors une lutte sans merci contre le pouvoir, dénonçant la corruption des responsables du régime qui se sont enrichis de manière plus que douteuse pendant que la majorité de la population vivote péniblement dans la pauvreté. Son tempérament impulsif est à l'origine de nombreux coups d'éclat, comme celui qui le fera connaître partout dans le monde lorsqu'il est photographié en plein Conseil des ministres brandissant des documents et des photos montrant d'immenses résidences acquises, selon lui, par des membres du gouvernement corrompus.

 

Ses «sorties» inattendues lui feront perdre le soutien de  son mentor, Edouard Chevardnadzé, qui le lâche et le pousse vers la porte de sortie.  Mikhaïl Saakachvili quitte alors le gouvernement et fonde son propre parti - le Mouvement National - devenant de fait, le leader de l'opposition en critiquant avec force le régime en place. Il prendra sa revanche en faisant appel à la rue.

 

Marié à une Néérlandaise, polyglotte comme lui, Mikhaïl Saakachvili incarne aujourd'hui la relève acquise à l'idée démocratique et d'État de droit dont on parle partout dans cette poudrière du Caucase. On le dit proche de l'Europe et des États-Unis et veut s'éloigner du giron russe qu'il accuse de colonialisme.

Son premier message, publié par un journal allemand, a été adressé à la Russie sommée «d'abandonner l'idée d'une présence militaire éternelle en Géorgie».

 

Il a promis de s'attaquer à la corruption et de redresser l'économie de son pays. Le défi de la question abkhaze l'attend également.

Recherche: Abdel Krim Debbih

 

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